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Qu’est-ce que « le mental ? » (Suite)

 

Répétons-le Messsssieurs
Quand on le laisse seul
Le monde mental
Ment
Monumentalement.


Jacques PrévertIl ne faut pas… in Paroles (1946)

 

 

Pour mémoire, la première partie de cet article inférait que notre mental n’est pas notre pire ennemi, mais au contraire un allié, un outil sophistiqué, indispensable et précieux.
Ajoutons à son crédit que le mental peut se comporter de manière tempérante s’il n’est pas malmené plus que cela. Confronté de temps à autre à de petits incidents de parcours, il les « encaisse », répare les circuits de lecture des événements et se rétablit dans son fonctionnement optimal.
Néanmoins, pour filer la métaphore technologique (portant sur l’existence dans le cerveau d’une sorte de GPS, ou « SCP », Système Cortical de Positionnement ), nous savons bien que plus la technologie des outils connectés que nous utilisons est « avancée », plus ils sont fragiles. Sous l’impact de chocs majeurs, leurs « bugs » et dommages se révèlent importants, difficiles à traiter, réparer et surmonter.
Il en va exactement de même de notre « outil mental », qui se dérègle parfois au fil du temps, sous l’impact des événements négatifs et marquants qui jalonnent nos vies. Il faut alors le « réparer. »

En effet, des événements négatifs marquants peuvent déformer le mental, comme le bois d’une porte peut être gauchi, le pas d’une vis faussé, ou une serrure forcée.         
Chez l’individu dont le mental est pathologiquement faussé, les attitudes négatives et les comportements contradictoires, paradoxaux et incompréhensibles abondent. Des stratégies d’échecs très efficaces sont mises en place et se succèdent à un rythme soutenu – allant de la « maladresse » de l’acte manqué parfaitement réussi, au sabotage grandiose de projets pourtant promis au succès. On peut dire que, chez ce type d’individu, la distorsion de la réalité et la perception erronée de sa place au sein de cette réalité aboutissent systématiquement à des interprétations fautives et à des contresens parfois tragiques.           
            Une
expression illustre parfaitement ce phénomène :
                                  « Il a l’esprit vraiment tordu ! »

Le pire n’étant jamais sûr, il faut se rappeler qu’à l’inverse, certaines transmissions et conventions sont parfaitement souhaitables lorsqu’elles posent le cadre qui permet d’établir des communications sociales fluides et harmonieuses.
Dans ce cas, nous sommes bien avisés de suivre les « itinéraires » de sociabilité que nous conseille notre « SCP. »

L’enfance et l’adolescence étant les périodes durant lesquelles les influences sont les mieux intégrées, il arrive malheureusement que parents et autres adultes faussent le mental des enfants qui sont sous leur protection et responsabilité.       
Sans un mot plus haut que l’autre, mais par l’exercice d’une forte et incessante pression psychologique, ou bien au contraire dans un climat de violence verbale ou physique, peuvent être inculqués aux enfants des règles de vie discutables et des principes abusifs. Citons-en quelques uns parmi les plus fréquents, tels que :   


* Les manifestations d’affection sont inconvenantes et inutiles. Elles fabriquent des « chochotes », des pleureuses et des perdants.        
* L’expression franche des émotions, quelles qu’elles soient, est une perte de temps, une habitude gênante et vulgaire. Elle témoigne de l’indécence et du mauvais goût.       
* La gentillesse étant synonyme de faiblesse, il n’est pas étonnant qu’à être gentil, on passe pour un abruti facile à abuser.       
* Mieux vaut être craint et envié qu’aimé. C’est LA SEULE FAÇON de prendre le pouvoir dans la vie.
* Les garçons sont durs et dirigent, les filles sont douces et obéissent [ou l’inverse, selon les idéologies du moment.]       
* Les riches étant (forcément) méchants et puissants, mieux vaut TOUT FAIRE pour leur plaire et les fréquenter.

* [proposition inverse] La réussite matérielle est éminemment suspecte, car l’argent est toujours sale.
* Les pauvres étant infréquentables, irregardables, stupides et « assistés », il faut les éviter et ignorer jusqu’à leur existence.      
* Cet enfant ne réussira jamais rien dans la vie, cela se voit tout de suite, il a l’air bête.
* [proposition inverse] Cet enfant doué en tout, respire l’intelligence. Il est normal qu’il soit odieux avec son entourage, si médiocre.        
* Chez nous, on a toujours fait « comme ça » et on fera toujours « comme ça ».  
* Travailler sans en baver un maximum, ça n’existe pas, ou alors c’est de la fainéantise et c’est honteux. * La culture ne sert à rien. Elle n’est pas faite pour les gens comme nous.  
* Être artiste, c’est se croire supérieur et prendre de grands airs inspirés. C’est « un truc » qui ne rapporte pas un centime honnête, « un truc » de gens louches, de rentiers ou d’imposteurs. Pas de ça chez nous !  
* Etc.

Le plus souvent, ces adultes ont eux-mêmes subi dans leur enfance les avanies qu’ils infligent à leur progéniture, et ne sont pas toujours réellement conscients de la toxicité de leur transmission.
J’entends fréquemment, lors de mes consultations que ces adultes transmetteurs du pire ne « savaient pas faire autrement. »    
Il arrive aussi qu’ils en soient pleinement conscients. Persuadés de bien faire, ils transmettent ce « faussage » aux enfants dont ils ont la charge, comme s’il s’agissait de la cession d’un bien ; à cela près que l’accord de l’enfant qui reçoit ce type de « bien » en héritage n’est évidemment jamais requis !

Il faut comprendre que ces injonctions « engrammées » dans l’enfance nous sont reproposées tout au long de notre vie par notre « SCP » ; et tant pis si elles sont limitantes, frustrantes, bloquantes et nocives !
Le cas échéant, il est salutaire de ne pas y obéir. Dans le cas contraire, notre mental faussé dysfonctionnera, et si nous n’interrompons pas ce processus, il nous fera dysfonctionner.

Concernant le processus en question, on constate que tout dysfonctionnement du mental se manifeste par un « bug », souvent récurrent et que « ce bug nous plante. »           
En l’espèce, l’expression colle parfaitement à l’étrangeté de cette situation, car :       
Incapables d’agir sainement mais étant agis par des injonctions qui se bousculent, nous affolent et nous dépassent, nous piétinons impuissants dans la glue de notre raison qui progressivement se paralyse, et se figeant nous fige.
    

Dans ce cas, l’outil mental ne nous sert plus, ou plutôt il nous sert le pain rassis d’anciennes directives qui ne correspondent plus à nos besoins.          
Compte tenu des problèmes, dégâts, angoisses, chagrins et frustrations qui découlent de ce processus délétère, des illusions dans le panneau desquelles nous tombons, qui font dire au poète Répétons-le Messsssieurs  / Quand on le laisse seul / Le monde mental / Ment / Monumentalement, on pourrait avancer que l’outil mental se joue de nous ; mais ce serait lui accorder la possibilité d’une existence autonome, ce qui n’est heureusement pas exact.  

Ne perdons jamais de vue que seul l’individu est autonome. En revanche, le « SCP » est dépendant de l’individu, de son libre arbitre, de ses choix et de sa volonté.

Lorsque le mental s’enracine dans un processus destructeur, il devient nécessaire de consulter un thérapeute et, sous son contrôle attentif, de « paramétrer » de nouveau son mental, respectueusement, précautionneusement et à son rythme, afin de ne plus le « laisser seul » décider à notre place.
Entreprendre cette démarche est déjà une très bonne chose.         
Cependant, il convient de l’envisager comme il se doit : après réflexion, avec bienveillance et « dans le respect de l’outil. »
Il convient également d’admettre, sans se décourager, que le travail sur le mental n’est jamais achevé. Par analogie, il faut se rappeler que l’hygiène et la propreté ne sont pas acquis une fois pour toutes…  et que nous nous lavons chaque jour !

En effet, le cerveau, lorsqu’il est sain, de même que son émanation le mental, produisent à longueur de temps des pensées, des idées et des concepts auxquels il est – fort heureusement ! – impossible de mettre un terme définitif.        

En revanche, il est très concrètement possible de réguler cette production mentale, de décider d’accorder priorité à certaines pensées sur d’autres et de faire taire celles qui, chronophages, blessantes, diminuantes, nous encombrent en drainant une large part de notre énergie.

 

              

                    La troisième et dernière partie de cet article
                        paraîtra très prochainement sur ce blog.