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Qu’est-ce que « le mental » ? (Suite et fin)

 

La Force, Lame et Arcane 11 du Tarot de Marseille

Intitulée La Force, cette lame pourrait également s’intituler
La Maîtrise.      
Que voyons-nous ?    
Une femme. Un lion
Le lion semble sortir du giron de cette femme, de son ventre. 
La femme, qui porte un chapeau en forme de lemniscate (symbole de l’Infini) ouvre à mains nues la gueule de ce lion, sans difficulté apparente, paisiblement.   
Les bras de la femme décrivent un cercle,
main gauche et main droite se rejoignant de part et d’autre
de la gueule de l’animal.   
La tradition hermétique nous ayant enseigné que
la main gauche représente le mental et la droite, l’action,
que nous dit-on ici ?

Sans doute que la maîtrise des énergies infinies, par un mental lui même maîtrisé, mène à l’action juste.
Et qu’il n’y a de réelle force qu’intérieure, régie par une douceur empreinte de fermeté.

(Pour le respect des formes : cette analyse m’a été inspirée par les travaux et le site de Franck Stéphane, Tarologue.)

Dans la troisième et dernière partie de cet article, nous aborderons la manière de reconfigurer le mental qui serait sorti de son rôle d’outil de premier ordre et d’indéfectible allié, pour endosser, en usurpateur, celui du maître de notre vie. Pour mémoire, cette reconfiguration s’impose, surtout lorsque les directives d’un mental ainsi faussé enclenchent en nous des processus destructeurs, selon la récurrence pathologique et désespérante de « la répétition », comme un disque rayé rejouerait sempiternellement la même phrase musicale.      

Pour les personnes concernées – et elles sont nombreuses ! – cette reconfiguration doit s’envisager dans un temps long, sans brusquerie aucune, mais au contraire avec patience et régularité. Elle leur permettra, à coup sûr, de déjouer durablement les mauvais tours des imprégnations éducationnelles et des traumatismes subis au cours de leurs vies.

Il est possible, en effet, de faire taire un mental qui nous oppose systématiquement des « raisonnements », que personnellement j’appelle « résonnements de tambour » ; de ceux qui nous affolent, nous obnubilent, nous coupent bras et jambes et nous inhibent, tels que :

« Tu veux vraiment entreprendre ce travail, cette création, ce projet ? Tu n’as pas encore compris, depuis le temps, que tu n’en es pas capable ? Tu t’es déjà hasardé en de telles entreprises. Souviens-toi : ce fut une série d’échecs cuisants, humiliants. Tu veux vraiment continuer à te ridiculiser ? »

 Ou encore :

 « Comment peux-tu encore croire au bonheur affectif, après tous tes échecs ? Ça ne marchera pas, car ça n’a jamais marché ! Il faut que tu l’admettes : le bonheur affectif n’est pas et ne sera jamais à ta portée ! » 

Il est possible, même s’il s’agit pour cela d’entreprendre un travail sur soi constant, de faire taire un mental polluant, abusif, saboteur.  
Il est possible, en se réaffirmant comme son maître, de le remettre à la place qu’il n’aurait jamais dû quitter, celle du collaborateur fiable dont la seule tâche est de solliciter judicieusement notre attention sur « les affaires courantes » :
« Modère ta consommation de… ! » « Stop ! Ne dépense plus rien, tes finances sont en baisse ! », « Pense à réserver… et à demander… ! » « Ne reste pas ici, l’ambiance se dégrade et devient dangereuse ! » « … Tu as beaucoup travaillé, maintenant, il est temps de te reposer ! », etc.
Il est non seulement possible mais fondamental d’apaiser notre mental, lorsque nous devons procéder à des choix décisifs.
Soyez assurés que cette opération préalable génère un niveau de concentration optimal dont résultent le discernement, la lucidité et la confiance en soi. Elle facilite l’évaluation pertinente de situations complexes, le dépassement d’éventuels obstacles et le dénouement de situations critiques.

                               Comment s’y prendre, concrètement ?

L’apaisement du mental s’obtient en appliquant rigoureusement les trois règles de base suivantes, dont les automatismes s’acquièrent par la pratique, au fil du temps.

J’ai remarqué ceci, que j’aimerais partager avec vous :         
De même que les règles de base grammaticales, orthographiques et syntaxiques rendent cohérents, audibles et lisibles nos discours et nos écrits, les règles de base de l’apaisement du mental sont, en quelque sorte, les règles grammaticales, orthographiques et syntaxiques du corps et de l’esprit. L’emploi de ces règles accroît la cohérence de notre vie intérieure qui s’affirme, devient « audible et lisible » pour soi et pour tous, et valide pleinement notre présence au Monde.

Règle n° 1.      Pour faire en sorte que le mental, devenu intrusif et  despotique, cesse de défier notre libre arbitre et s’imposer à nous, il faut refuser d’entrer en « dialogue » avec lui et nous abstraire de ce jeu de dupes. Nous le privons ainsi de la substance favorite dont il se nourrit pour nous mener à la baguette :  notre ego.

Règle n° 2.      Pour nous abstraire du mental dans la vie courante (lors de nos activités professionnelles, par exemple), alors qu’il nous assiège, nous harcèle, nous met en état de « surchauffe », nous fait perdre nos moyens et nous pousse à agir de manière irrationnelle, il convient de focaliser notre attention sur notre respiration, pendant six à huit minutes.        

Ventrale, cette respiration, fluide, douce et régulière (inspiration par le nez : le ventre sort / expiration le nez toujours : le ventre rentre, sur le schéma du flux et reflux d’une mer calme sur un bord de plage) peut se pratiquer n’importe où, n’importe quand, en toute circonstance, ce qui n’est pas le moindre avantage ! Personne, que ce soit dans les transports, sur un lieu de travail, lors d’une réunion ou au cours d’une conversation, ne se rendra compte de l’exercice en cours. Cependant, vous constaterez alors que votre mental s’apaise de façon notable et que vous recouvrez peu à peu votre potentiel intellectuel et intuitif.

Règle n°3.       Une fois établi le contact avec votre mental du simple fait d’avoir respiré par le ventre, en conscience, il suffit de lui intimer très fermement (bien qu’intérieurement) l’ordre suivant : « Maintenant, tais-toi ! Je ne veux plus t’entendre ! »

Aussi surprenant que cela puisse paraître… il se tait !          
Les pensées anarchiques dont il nous submergeait se raréfient, s’éloignent de notre perception consciente et les « ombres » qui peuvent subsister, en dépit de « l’ordre » donné, cessent progressivement de nous affecter.
Le mental est « remis à sa place », comme on le dirait d’un enfant impoli que l’on reprend, et qui, comprenant qu’on ne cédera pas à ses caprices, n’insiste pas.    
Ce n’est pas une illusion, cela ne résulte pas de la méthode Coué, cela n’a rien de mystique et moins encore de magique.

Il s’agit des effets concrets de la respiration consciente (qui devient un automatisme au fil du temps), phénomène purement physique, sur une autre conscientisation : celle du pouvoir de notre esprit (« Tais-toi ! ») sur notre matière (sur notre cerveau et par conséquent sur notre mental) par lequel notre présence au Monde, parce qu’elle est « éveillée », est pleinement validée.

                               En synthèse, je puis vous affirmer que
                                   celui qui maîtrise sa respiration
                                     peut maîtriser son mental.

 

C’est la raison pour laquelle, la respiration ventrale revêt une importance capitale lors de la méditation. Elle favorise le maintien de la posture méditative, laquelle en retour favorise la respiration.

Ce processus de va-et-vient constants, entre respiration et posture, procède – une fois de plus ! – d’une prise de conscience fondamentale, mais étrangement oubliée : c’est par le souffle, qui « donne corps » à l’individu et « l’anime » (du latin anima, souffle, âme), que la vie se manifeste, que les pensées se forgent, que naissent les émotions avant même qu’elles ne soient dites, et que s’installe une qualité de présence à soi, à l’autre et au Monde, indiscutable ; car lorsque vous respirez convenablement, votre corps « se tient  correctement », « se pose » là où il doit être et se meut avec aisance et fluidité.

Le souffle maîtrisé, qui se propage en énergie vitale dans le corps, favorise la détente. En oxygénant l’ensemble du corps, il facilite le bon fonctionnement du cerveau et met en œuvre pour nous servir le « mental utile. »

La posture méditative évoquée plus haut est généralement qualifiée de « posture digne. »
 Rappelons-en les principes, qui sont appliqués en Méditothérapie©.          

* Assis sur une chaise sans y être adossé (mode d’assise souvent plus pratique, aisée et conforme à nos habitudes occidentales, que celle dite du « lotus »), le méditant, faisant basculer son bassin vers l’avant, stabilise le haut de son corps en l’allégeant considérablement.    
* La stabilité du bassin est alors inébranlable.           
* Les intestins, massés par la respiration ventrale se détendent très perceptiblement.         
*  Le dos se place ainsi naturellement, très droit bien que très souple.
* Le menton est abaissé vers le sternum, sans excès, afin de dégager la nuque et la « décrisper. »
* Les épaules étant très basses, la détente se propage dans les bras, les avant-bras et les mains.
* Les jambes sont ouvertes selon un écart équivalant à la largeur du bassin.          
*  Les muscles des cuisses et les jambes, qui pour une fois n’ont plus rien à porter, se relâchent.
*  La plante des pieds et les orteils reposent à plat sur le sol.

Tandis que le méditant s’installe, les yeux clos, dans une immobilité parfaite, il porte toute son attention sur sa respiration ventrale, ainsi que sur les manifestations les plus infimes de son corps. Ce faisant, il élimine progressivement toutes les tensions résiduelles, sans jamais se relâcher ni s’assoupir.
Le méditant, recueilli en lui-même rayonne réellement et ce rayonnement, qui le relie au Monde, attire dans son orbe ce dont il a fondamentalement besoin.

Mais tout s’apprend !           
La méditation, qui est un sport immobile, s’apprend.        
S’agissant de la respiration, il est plus juste de dire qu’elle se réapprend.       
En effet, les nourrissons respirent par le ventre le plus naturellement possible, mais l’adulte s’éloigne de cette respiration naturelle et doit se la réapproprier.
Ces apprentissages sont délivrés à mes patients durant leur cure de Méditothérapie© de huit semaines.
Dans la mesure où tout apprentissage passe par la réalisation d’exercices réguliers, lesquels garantissent au patient une prise d’autonomie progressive, c’est en “apprenti” qu’il effectue durant sa cure (et très au-delà…) matin et soir seul face à lui-même, des méditations de 15 à 20 minutes lors desquelles il se familiarise avec la respiration ventrale, la posture convenable, et la maîtrise du mental.
Méditations guidées et appropriation de la méditation par la réalisation d’exercices biquotidiens sont deux des fondements de la Méditothérapie©.

À dire vrai, tous mes patients ou presque me disent, en début de cure, combien il est difficile de se tenir correctement assis, immobiles sur une chaise, focalisés sur leur respiration ventrale et la détente du corps, dans le silence… alors que d’innombrables pensées les assaillent, qui nuisent à la respiration, laquelle, devenant chaotique, nuit à la détente, selon un infernal cercle vicieux.

Je m’empresse alors de les rassurer, car ces difficultés sont tout à fait normales !

Elles abondent, car alors mes patients font connaissance, de très près et en pleine conscience, avec les assauts incessants de leur mental… qui ne sont pourtant ni plus ni moins nombreux que ceux qu’ils subissent durant leurs journées de travail ou d’activités habituelles.
Simplement, dans le silence et l’ascèse de l’immobilité, ils se rendent compte de l’importante pollution générée par leur mental, lorsqu’il est lancé à plein régime sans contrôle aucun !

Il faut savoir que ces difficultés sont toujours dépassées, car le travail assidu relayé par les visualisations des méditations individuelles guidées finissent toujours par « payer. »

Au cours des huit semaines de cure, la plasticité cérébrale aidant, mes patients parviennent à tenir à distance, jusqu’à les éliminer, les pensées parasites produites par leur mental, responsables du sabotage de leurs existences.

                                                             *****

À présent, qu’il me soit permis de vous faire part de réflexions générales, bien qu’ayant trait à la maîtrise et au contrôle. Elles dérouteront sans doute certains lecteurs et déplairont certainement aux représentants d’un totalitarisme comportemental auquel, je préfère le préciser, je ne souscrirai jamais.

Les trois volets de cet article ont concouru à démontrer que l’apaisement et la maîtrise du mental sont les conditions sine qua non de l’équilibre intérieur et du discernement. Il n’est donc pas question de remettre en cause cette démonstration.

En revanche, j’avoue qu’il me paraît spécieux de prétendre, et pire encore d’enseigner, que TOUT chez l’Homme pourrait être maîtrisé par des pratiques philosophiques ainsi que par des exercices thérapeutiques confinant au dressage physique et mental.           
TOUT ! PENSÉES COMPRISES ! Bien que nous sachions, depuis Freud au moins, que l’Inconscient, qui peut être analysé sous la direction de professionnels, n’est pas pour autant contrôlable ; ce qui se vérifie quotidiennement dans nos rêves et nos songes.
TOUT pourrait et même devrait être maîtrisé, au motif que ce qui nous arrive de bon ou de fâcheux aujourd’hui relèverait exclusivement de notre responsabilité non seulement présente mais aussi passée – en sachant que la responsabilité passée de l’individu est établie de nos jours à prix d’or par des spécialistes de la chose, sur la base d’obscurs bilans de vies antérieures.

Que l’on me comprenne bien : pour être infiniment respectable, la foi, la croyance en la réincarnation comme en l’existence de vies antérieures n’a pas pour autant davantage de force probante que d’autres croyances. C’est même là le « mystère de la foi » :  Heureux ceux qui croiront sans avoir vu. (Jean 20, 24 :29)       
Par ailleurs, nos sociétés occidentales, désacralisées depuis près de deux siècles, mais cependant en manque de sacralité, ont tendance, pour combler ce vide existentiel, à se ruer sur des croyances et des philosophies très éloignées de nos écosystèmes éducatifs, philosophiques, et sociaux, tout en en méconnaissant souvent les fondements multiséculaires et en les « métabolisant » mal.
Dans ces conditions, on comprendra que les applications thérapeutiques qui en découlent soient parfois hasardeuses.

Il m’est arrivé de recevoir en consultation des personnes à la fois abattues, dépressives et transies de fatalisme, persuadées, puisque de grands initiés (en marketing, surtout) menant grand train à Montargis, Privas, Lamotte-Beuvron, Noyers-sur-Jabron ou Avignon, leur avaient affirmé, floutés par  l’écran flatteur des volutes de fumée d’encens et onirisés par  le son d’un bol tibétain, qu’elles ne pourraient jamais sortir de la boucle de leurs souffrances du fait d’actes atroces dont elles se seraient rendues responsables « dans d’autres vies » ; à moins – tout de même  ! s– qu’elles acceptent de souffrir dans « cette vie-là», en ne faisant que le bien et en ne possédant rien (c’est-à-dire en se dépossédant de tout), afin de purger, en buvant jusqu’à la lie la coupe amère de leurs tristes existences actuelles, tout un passé de stupre, de lucre, d’abus, de cynisme, d’horreurs, de turpitudes et de veuleries (commises sous le règne d’Aménophis IV, en tant que richissimes suivantes ou conseillers puissans de la reine Tii, par exemple.)

En résumé : ainsi vont la réduction de l’espace spatio-temporel favorisant la résurgence de mémoires anciennes, puis le rachat, prometteur à l’aune de l’expérience faite de la souffrance présente, d’un passé fautif tout autant qu’improuvé.

J’ai la faiblesse de penser que lorsqu’elles sont enseignées sur ces bases, à des personnalités fragiles, et que sont établis des protocoles de « soins » basés sur l’hyper-contrôle de chaque acte et de chaque pensée, ces thérapeutiques, qui s’avèrent souvent culpabilisantes et démobilisatrices par fatalisme, sont dépourvues de réelle compassion ; à bien y regarder, elles  révèlent souvent l’hybris effarant de « l’initié. »        
Car, nous ne contrôlons pas tout. C’est à la fois la fragilité et la grandeur de l’Homme !          
Un individu peut-il maîtriser et contrôler les conditions historiques, géographiques, politiques, génétiques, épigénétiques ou encore démographiques dans lesquelles il est né et évolue ?
À l’évidence, non. Et c’est heureux ! Car l’Homme peut sublimer son contexte initial non maîtrisé, faire son miel de l’inconnu, de l’inattendu, de ce qui le dépasse, le transmuter en tremplin,  sujets d’études, créations musicales, littéraires, poétiques éblouissantes et découvertes fondamentales. Et en horreurs aussi, c’est vrai.

En tout état de cause, la vie pousse l’Homme à prendre des risques, librement, et donc, à ne pas tout contrôler.

Sur ce thème, je rappellerais l’existence des « contingences », qui définissent les éventualités et les possibilités que certaines choses arrivent ou n’arrivent pas et qui, selon le Larousse, sont « l’ensemble des circonstances fortuites qui échappent à la prévision et à la volonté et peuvent conditionner un facteur principal. »   
Toutes les personnes sensées s’accorderont sur un point : nous ne pouvons, par définition, ni contrôler ni maîtriser ce qui échappe à nos prévisions et à notre volonté. Par conséquent, nous n’en sommes ni responsables, ni coupables.          
Cependant, nous pouvons, en vivant pleinement chaque instant présent, « aplanir les chemins » qui mènent à nos propres cœurs et au cœur des autres, au long de notre parcours sur Terre.  
Nous pouvons, parce que nous sommes dotés de libre arbitre, aplanir les obstacles et maîtriser notre destin, si ardue que soit cette tâche.      
La méditation, et par conséquent la Méditothérapie©, qui apprennent à maîtriser très humainement le mental, nous permettent de ne pas nous laisser décontenancer, lorsque les contingences et le « non contrôlable » se présentent et nous sont contraires.
Elles nous permettent aussi de ne pas nous laisser pervertir, lorsqu’elles nous caressent dans le sens du poil et nous font impudemment de l’œil.
           

Autrement dit, la maîtrise bien comprise du mental rendue accessible à tous via la méditation et la Méditothérapie©, nous offre de déjouer les illusions et les pièges que les contingences et autres éléments existentiels incontrôlables nous tendent ; ce qui mérite d’être souligné et expérimenté, sans danger.