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Se laisser pénétrer par la lumière comme un vitrail

 

Rosace nord de Notre-Dame de Paris

  

À regarder un tableau du Maître absolu du clair-obscur et du ténébrisme, Michelangelo Merisi da Caravaggio, en français le Caravage, on distingue sans aucune ambiguïté que la lumière que nous connaissons sur Terre est bien une question d’ombre ; par conséquent, elle ne serait pas « absolue », mais au contraire relative à autre chose.
À une autre lumière ? Laquelle pourrait être « absolue » ?

Aussitôt se posent en effet les questions de savoir si la lumière absolue est une quête du Graal, si elle existe réellement, le cas échéant ce qu’elle signifie, ce qu’elle éclaire comment et où, et de quoi elle est faite.       

Nous tenterons d’y répondre, sans nous laisser trop intimider par la complexité de tels sujets.

Quoi qu’il en soit, dans la Vocation de Saint-Matthieu ci-dessous, la dispute ombre/lumière a bien lieu. C’est particulièrement frappant, magnifique et poignant.

               La Vocation de Saint-Matthieu (1599-1600) – Le Caravage
                        Église Saint-Louis-des-Français de Rome (Italie)

Il est également très frappant, mais sûrement pas fortuit (ce sentiment de surprise paraît largement partagé par les personnages de cette composition sublime ! ) que le Christ, qui désigne et appelle à le suivre le publicain Matthieu – percepteur des impôts pour le compte de César, du temps où le peuple Hébreu était sous domination de l’Empire romain – est presque totalement dans l’ombre, au bord inférieur droit du tableau. Lui ! L’incarnation absolue de la Lumière divine, dans l’ombre !

Voilà une extraordinaire (et lumineuse) parabole picturale, qui mérite que l’on s’y arrête un instant, d’autant plus qu’elle enseigne encore aujourd’hui.

L’humilité de « l’ombre au tableau », dans laquelle on devine à peine le Christ est une réponse forte apportée à nos publicains contemporains, qui n’ont même plus, pour justifier leur arrogante médiocrité, l’alibi de devoir exercer sous la contrainte de vénales et discutables activités, sur ordre et pour le compte d’un véritable Empereur, sanguinaire à ses heures et ivre de puissance.

Le Caravage nous éclaire donc, et pas seulement par les sens.

Il nous enseigne qu’il importe peu qu’un Maître, si c’en est un véritable, soit dans l’ombre.
Bien au contraire d’ailleurs, puisqu’IL EST une lampe, une transparence qui laisse passer la lumière sans qu’il ait besoin de se mettre lui-même en lumière, j’allais écrire « en scène ».
Il éclaire, rayonne, irradie pour le bonheur de ceux qui les croisent.

Le Caravage titille notre discernement, et notre dignité.

N’avons-nous jamais rencontré de faux maîtres, frétillant sous les feux des projecteurs, là où « il fallait être », adulés parce qu’ils savaient faire illusion ?
Les avons-nous religieusement écoutés, oui ou non, ces faux maîtres et gourous d’opérette, jour après jour, de « journaux de 20 heures » catastrophistes en « alertes » improbables ?  
Avons-nous intrigué pour nous rapprocher de ceux qui étaient à portée de nos fantasmes ?
Avons-nous servilement et patiemment « tout fait » pour être admis dans leurs cercles ?
Ou, au contraire, avons-nous sagement résisté au chant hypnotique des sirènes ?

Bref, comment avons-nous réagi ?
Et comment aurions-nous réagi à l’invitation de l’homme à peine visible dans le bord droit du tableau du Caravage ?

Quoi qu’aient pu être nos sentiments, réflexions et réactions, qu’avons-nous constaté ?

Sensibles aux compliments, les faux maîtres, ou pire encore les ex-vrais maîtres déchus, n’éclairent plus.
Ils ne canalisent plus la Vraie lumière et ne nourrissent plus leur lumière intérieure.
Ils cherchent la lumière extérieure et s’y précipitent. Ils se contentent d’y briller et se mirent dans la prunelle de ceux dont ils dépendent pour exister.
La vraie lumière les a désertés.

                                     Détail du visage du Christ
           La Vocation de Saint-Matthieu
(1599-1600) – Le Caravage

Puisque la lumière est une question d’ombre, qu’est-ce que l’ombre ? D’où vient-elle ? Quelle est la chose, l’élément, le produit, qui s’interpose entre la lumière et nous ? Où nous situons-nous, très physiquement parlant ? Sommes-nous installés dans l’ombre ou en quête de lumière ?

  1. Considérons la lumière et l’ombre du point de vue des alchimistes, sans craindre le ridicule.

 
S’agissant de l’éventuel ridicule des interrogations et hypothèses émises dans cet article, voire de l’obscurantiste désolant, le mien, qui anéantirait ces lignes, comprenez que je souhaite opposer, d’ores et déjà, à ces a priori ma rationalité avec celle, tout aussi moderne et bienvenue des lecteurs de ce blog, hommes et femmes du XXIème siècle, et la confronter à la réflexion très documentée du chercheur Bernard Joly (Université Lille 3/CNRS).   

Dans l’ouvrage À propos d’une prétendue distinction entre la chimie et l’alchimie au XIIe siècle : Questions d’histoire et de méthode –  Bernard Joly –  Editions Armand Colin | « Revue d’histoire des sciences »2007/1 Tome 60, il soutient ceci :

« …Pour ma part, j’avais montré, il y a plus de dix ans, qu’il ne fallait pas rejeter les discours des alchimistes du XIIème siècle du côté de l’irrationnel ou de la spiritualité, mais que l’on pouvait au contraire mettre en évidence les formes de rationalité à l’œuvre dans les textes alchimiques écrits et publiés à cette époque. On peut alors affirmer que la « philosophie chimique » d’inspiration paracelsienne constitue un important courant de pensée qui a participé à l’émergence de la modernité, ce qui permet de comprendre l’intérêt que des personnages comme Francis Bacon, Marin Mersenne, Robert Boyle ou Isaac Newton ont pu porter à l’alchimie, à ses textes médiévaux, mais plus encore aux travaux alchimiques de leur temps. Loin d’être seulement médiévale, l’alchimie s’est en effet principalement développée au XIIème siècle… ».

Outre le fait qu’existent aujourd’hui de très sérieux alchimistes et néanmoins scientifiques, parfaitement intégrés dans notre siècle, commençons, sous la tutelle de Bernard Joly, par évoquer ce qu’Isaac Newton, a découvert en son temps, s’agissant de la lumière et de l’ombre.           

Rappelons qu’Isaac Newton était un parfait gentilhomme du XVIIIème siècle, mathématicien, physicien, astronome, philosophe et théologien, mais avant tout alchimiste reconnu. Notons qu’il était curieux de tout et que ses travaux alchimiques l’ont dirigé vers les sciences, sans qu’il renonce jamais à l’alchimie considérant que, par nature, les deux pôles de recherche – scientifique et alchimique – loin de se contredire se complétaient.

Figure tutélaire des sciences, spécialiste de l’optique et donc de la lumière, il a fondé, entre autres moult théories et découvertes (dont un objet de recherche qui porte son patronyme, le télescope de Newton) une théorie de la couleur.      
En faisant passer les rayons du soleil à travers un prisme, il a révélé un arc-en-ciel composé par les couleurs du spectre visible. Ayant réussi à reproduire la couleur blanche en faisant passer un arc-en-ciel dans un second prisme, sa conclusion est révolutionnaire : la couleur réside dans la lumière et non dans le verre du prisme.      
Ainsi, la lumière blanche que l’on voit est en réalité un mélange de toutes les couleurs du spectre visible par l’œil.   
Cependant, si l’on prend des tubes de peinture de couleurs identiques à celles de l’arc-en-ciel, qu’on en exprime des peintures en quantités égales pour chaque couleur et qu’on les mélange,   on obtient, à l’inverse, la couleur noire.       
Il semblerait donc que les effets obtenus par le mélange des couleurs produites par la lumière naturelle diffèrent de ceux que l’on obtient en mélangeant les couleurs de tubes de peinture, produites par l’adjonction de produits chimiques aux pigments.

Indépendamment de son intérêt pour l’optique, Newton est surtout connu pour avoir fondé la mécanique classique et livré sa Théorie de la gravitation universelle ; ce qui n’était pas sans rapport à son époque avec la compréhension de ce qu’est la lumière.

     2.    Que nous a révélé Newton en se basant sur les lois de Kepler   portant sur le mouvement des planètes ?

Il nous a démontré que les mouvements des objets sur Terre et les corps célestes sont gouvernés par les mêmes lois naturelles. La pertinence de sa démontration est avérée et illustrée par le fameux « épisode de la pomme », rapportée par son biographe en 1752 :

« Le temps devenant chaud, nous allâmes dans le jardin et nous bûmes du thé sous l’ombre de quelques pommiers, seulement lui et moi. Au cours de la conversation, il me dit qu’il s’était trouvé dans la même situation lorsque, longtemps auparavant, la notion de gravitation lui était subitement venue à l’esprit, tandis qu’il se tenait assis, dans une humeur contemplative. Pourquoi cette pomme tombe-t-elle toujours perpendiculairement au sol, pensa-t-il en lui-même. Pourquoi ne tombe-t-elle pas de côté ou bien vers le haut, mais constamment vers le centre de la Terre ?Et si la matière attire ainsi la matière, cela doit être en proportion de sa quantité ; par conséquent, la pomme attire la Terre de la même façon que la Terre attire la pomme. »

« Tous les corps de l’univers s’attirent », a-t-on alors répété à l’envi.

Or, à bien relire l’épisode de la pomme et la conclusion très concise qu’en fait Newton, on peut comprendre plus subtilement, bien que de manière apparemment terre à terre (ce qui « tombe » plutôt bien…) que :

 « Tous les corps matériels sont poussés vers le sol où ils sont maintenus par une force. Subissant cette poussée, les corps matériels sont comme aimantés au même endroit, lequel est défini comme étant le centre de la Terre. »

        3. Considérons à présent non plus une pomme qui tombe, mais notre propre poids qui « plombe »

 La Loi de l’attraction dispose qu’une force existe, qui nous « tombe dessus » et nous rive au sol de tout son poids, ce qui nous paraît en augmenter le nôtre.         

Or, toute « force » infère une résistance.

Ici, la résistance à cette force serait celle du corps, de la matière dans le cas où celui-ci conscientiserait la nécessité de résister.  

À quoi résisterait donc notre matière, sans parvenir (le plus souvent) à s’en « délester » ?

                 Poussons plus loin ce questionnement en inversant
                          la triple donne fatale force/poids/ écrasement.

Focalisons-nous sur l’inverse physique du poids, c’est-à-dire la légèreté, vue non pas sous l’angle de la « sensation » de légèreté, mais d’une légèreté physique avérée.

Il s’agit du phénomène que tous les méditants connaissent parfaitement, puisqu’il est indissociable de leur pratique.

En effet, lorsqu’ils intègrent, très physiquement, la posture de la voie initiatique, consistant, durant les méditations à respecter trois principes, ils procèdent à leur propre transmutation – à ce sujet, nous distinguerons infra la transmutation de la transformation.         

Ces trois principes sont les suivants :
a) Demeurer immobiles et concentrés sur la respiration ventrale régulière . b) Demeurer « droits », c’est-à-dire « alignés », selon la verticale de la colonne vertébrale parfaitement souple. c) Demeurer rigoureusement silencieux.

Un des effets de la méditation
sur le corps et l’esprit est en effet la transmutation de la physique et la chimie du corps, par outrepassements puis éliminations progressives des obstacles (à la concentration, à l’immobilité, etc.).

Ces éliminations qui aboutissent à l’allègement du corps et de l’esprit ne signifient nullement que le corps et l’esprit sont « vidés » de leurs substances, mais bien au contraire qu’ils sont remplis à ras-bord, gorgés, nourris et sustentés par l’énergie circulante de la Vraie Lumière.

Que se passe-t-il très concrètement, très consciemment pour le méditant ?

En pleine conscience,
le méditant acquiert par la maîtrise du souffle une qualité de présence exceptionnelle,
attentive à tout ce qui advient dans son corps, dans son esprit et dans son âme.

Il ne s’oppose pas à ce qui advient aux alentours (bruits de l’extérieur, notamment), ni à l’afflux de ses idées, mais ne s’y attache en aucun cas voire les ignore.

Ce processus étant installé, le méditant ressent à la fois
l’extrême légèreté et densité de son corps
qui vibre, de l’intérieur vers l’extérieur, et rayonne.

Tous mes patients en font un jour ou l’autre l’expérience, de manière très physique. Les plus assidus expérimentent non seulement cet allégement, mais aussi l’augmentation de l’envergure de leurs cages thoraciques, de leurs épaules, etc.

                                                        —
Il est impératif de comprendre que l’état de lourdeur auquel nous sommes tous soumis procède du poids de La Lumière sur notre matière, qui ne l’intègre pas mais la bloque.

La lumière dont il est question ici n’est pas la « lumière matérielle », faite de photons, mais la « Vraie Lumière. »                                                            —

                    Quelle est donc cette « Vraie Lumière » ?

C’est la Lumière originelle – celle La Source diront les uns, de l’Univers diront les autres, de Dieu diront encore les personnes qui y croient.         
Si l’on n’y fait pas obstacle, si l’on n’y résiste pas mais qu’on l’intègre au contraire, elle devient lumière intérieure et rayonnante.      
C’est la Lumière éclairante et irradiante du sage, de l’initié et du méditant très expérimentés.

En synthèse,

Nous pouvons résister à cette Vraie Lumière, ne pas l’intégrer et ne pas la laisser circuler dans notre matière, ce qui augmente considérablement notre « poids de matière » et nous plombe, en créant dans le corps des nœuds énergétiques, générateurs de mal-être et de maladies, ou nous pouvons l’accueillir en pleine conscience, la laisser circuler dans notre corps et nous alléger considérablement.

Il peut ainsi se faire qu’au cours de méditations ou de contemplations, le corps d’un très grand initié ne pèse plus rien, ou presque.

Ce rapport entre poids et légèreté, matière brute et lourde et matière légère et irradiée de conscience nous rappelle trois récits bibliques, à savoir :

• Celui d’un Chananéen répondant au nom de Réprouvé, d’allure terrible tant il était imposant, qui deviendra Christophe – Khristos (Christ) et phorein (porter), c’est-à-dire celui qui porte le Christ ; lequel, disons-le au passage, représente La Lumière du Monde pour les Chrétiens.
Rappelons que cet homme vivait au bord d’un fleuve impétueux et dangereux, qu’il faisait traverser aux voyageurs qui le souhaitaient.      
Un jour, un enfant lui demanda de l’aider à traverser ce fleuve.
Christophe le prit sur ses épaules et commença donc la traversée.        
À mesure qu’ils progressaient, l’enfant devenait de plus en plus lourd et le fleuve de plus en plus menaçant, tant et si bien qu’il eut le plus grand mal à rejoindre la berge opposée.

Il s’en étonna et l’enfant lui révéla qu’il avait porté sur ses épaules non seulement le Monde, mais encore l’enfant du créateur du Monde, autrement dit le Christ représentant la Vraie Lumière et tout Son poids !

Celui du Christ, libéré de tout le poids de sa propre incarnation, marchant sur l’eau.

• Celui du Christ transfiguré.

Enfin, nous ne pouvons ignorer la lévitation qui consiste à ne plus faire le moindre obstacle à la Vraie Lumière. Elle est par excellence, celle des grands sages et celle qui illumine les Saints.         
Parmi les grands lévitants, citons les deux plus connus, Joseph de Cupertino, dont les multiples lévitations ont été dûment constatées par des instances autant religieuses que séculières, et Padre Pio.

 

   4.   De tout cela, que pensait Newton ?

Il pensait que :

 « La transformation des corps en lumière et de la lumière en corps est très conforme au cours de la nature qui semble se complaire aux transmutations. » (Opticks ou Traité d’optique –  Londres – 1704 – Isaac Newton)

Telle est bien la parole, concise, fondatrice et non moins édifiante – car parler de corps en lumière et de lumière en corps dans un très sérieux traité d’optique est, en soi, une révolution) – d’un scientifique (qui évoque la transformation) et d’un alchimiste (qui évoque la transmutation).
Ne voyons aucune opposition ou paradoxe dans cette parole qui est une, car pour Newton Chimie et Alchimie ne s’opposaient pas.          

Analysons cependant leurs nuances, traduites par les mots transformation et transmutation.

                             Parole de scientifique : la transformation.

Elle consiste, pour un scientifique, à prendre une forme, un élément, un produit dans un certain état pour EN PRODUIRE UN AUTRE, DE FORME DIFFÉRENTE et, par conséquent, DE DESTINATION ET D’UTILISATION DIFFÉRENTES.
En résumé, le scientifique travaille à transformer de la matière A pour produire de la matière B.

S’agissant du sujet qui nous occupe, transformer des « corps en lumière et de la lumière en corps » revient à transformer suffisamment de matière en électricité l’électricité étant l’ensemble des phénomènes physiques associés à la présence et au mouvement de la matière possédant une propriété de charge électrique – laquelle produit de la « lumière matérielle. »
Ce que confirmera Benjamin Franklin au XIIIème siècle.

                            Parole d’alchimiste : la transmutation.

Elle consiste à prendre une forme, un élément, un produit dans un certain état pour LA FAIRE DISPARAÎTRE ou EN CHANGER LA NATURE.           
Il ne s’agit pas de magie mais d’opérations réalisées sur des produits (minéraux par exemple), à grand renfort de balances, de creusets, de feu, d’éprouvettes, et autres outils, dont sont exclues les baguettes (magiques.)      

Les alchimistes considèrent que la Terre, décomposée en 4 sphères élémentaires (terre, eau, air, feu), est entourée de sept sphères célestes concentriques : la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne.           

Ils considèrent également que ces sept sphères célestes sont porteuses de sept couleurs, celles de l’Arc-en-Ciel, dont les ombres sont projetées sur la Terre.  

Ils considèrent enfin que ces sept ombres portées sur notre matière terrestre se déposent sur tout ce que produit la Terre : végétaux, minéraux, animaux, et, bien entendu, êtres humains.

On a souvent entendu parler de transmutation de plomb en or… qui passerait par sept opérations de purification du plomb.
Laissons cela de côté, pour comprendre ce qu’est avant tout et aujourd’hui encore, l’alchimiste : un symboliste opératif, qui fait pour comprendre et voir, et qui, se voyant voir, s’approche de ce qu’il doit être, et continue de faire… ad libitum.

                            Parole d’initié : l’alchimie intérieure

Ne rien faire étant aussi une manière de faire, il est possible de demeurer à l’état brut à l’instar du plomb.       
Ou du carbone.

Demeurer carbone – l’expression « aller au charbon » dit assez certains esclavages et enfermements intérieurs et extérieurs – ou devenir diamant, du grec ancien ἀδάμας (adámas), mot qui signifie « indomptable. »

Être plomb ou or, carbone ou diamant, esclave ou indomptable.  

Faire ou se laisser faire.
Être “fait” par le développement de sa propre conscience, ou « être refait » par des chimères.

                          Faire ou ne pas faire. Tels sont les enjeux.

LE MODE IDÉAL DE LA TRANSMUTATION consistant à “FAIRE” SUR SOI ET EN SOI, il est possible de travailler le matériau brut que nous sommes, d’en faire disparaître les couches d’ombre successives, jusqu’à DEVENIR L’OR DE NOUS-MÊME, ou l’HORS DE NOUS-MÊME, puisque ce travail nous libère de l’enfermement, nous extirpe de la gangue de la matière et nous fait lumière.       

Et puisque d’or il s’agit, n’oublions pas que ce métal symbolise sur cette Terre « la valeur refuge » dont on nous parle à chaque « crise », la richesse financière.      
Cependant, en tant que métal précieux, ou « près (des) cieux » en langue des oiseaux, l’or représente la vraie richesse, la Vraie Lumière, dont il a la couleur.      

Faire disparaître une forme, ou en changer la nature revient donc, pour les méditants comme pour d’autres artisans de sagesse, à extirper d’eux-mêmes et faire disparaître l’ombre qui voile La Lumière, à « dévoiler » celle-ci (le « voile » de la matière ou des illusions étant de même nature), afin d’en être éclairés, illuminés, pénétrés et radicalement changés ; d’être, in fine, libérés du poids (physique et spirituel) de la matière.

Ce changement radical n’est pas sans évoquer le retournement, la « version », la conversion du Pendu (arcane 12 du tarot de Marseille) et des anagrammes thérapeutiques dont il est question dans un article de ce blog (L’âme sage renverse le mental, publié le 17 juillet 2021).

Comme vu plus haut, le scientifique travaille sur la matière, autrement dit sur des ombres, à partir desquelles il produit d’autres ombres, même s’il travaille à produire de la lumière matérielle, qui est elle-même l’ombre de la Vraie Lumière.

L’alchimiste, lui, travaille à écarter progressivement les ombres de sa vie, parmi lesquelles les doutes et les peurs, et à s’en débarrasser.

Il travaille sur l’obstacle, sur ce qui fait obstacle et échec à la Vraie Lumière.
Il travaille à écarter de sa route « l’adversaire », nommé en hébreu שָׂטָן shatan (saṭan), mot que l’on peut traduire par « celui qui détourne les hommes de la lumière », après s’en être lui-même détourné, alors qu’il en était pourtant le porteur (on le nomme également Lucifer : de Lux, lumière et Ferre porter).       
« L’adversaire » sait tirer partie de cet avantage sur lequel l’apôtre Paul, afin de nous mettre en garde, attire l’attention en ces termes :
“l’adversaire” se camoufle en ange de lumière” (2 Corinthiens 11,14). 

À mon humble avis, non seulement les approches scientifiques et alchimiques ne se contredisent pas, mais elles gagneraient à se compléter.
Elles sont, comme les anagrammes, les deux versants et les deux versions d’une même connaissance.

      5.  De tout cela, que disent les spiritualités ?

Préférant ne pas parler ou écrire pour ne rien dire, j’évoquerai ici les spiritualités que j’ai étudiées, et seulement celles-ci, celles que j’étudie encore et toujours, sans pour autant me faire prosélyte d’aucune d’elles en particulier.  
J’espère donc que ma très modeste recension des textes et narrations ayant pour thème la lumière, telle quelle est conçue au sein de certaines spiritualités, sera accueillie avec indulgence.                     

Pour autant, que l’on soit agnostique ou athée, que l’on soit ou non croyant, quelle que soit l’obédience de ceux qui le sont, je recommande la lecture des grands textes qui jalonnent l’histoire de l’Humanité et de la spiritualité. Ils sont, pour tout un chacun, très riches d’enseignements, de philosophie, de poésie et de sagesse.     

S’agissant de la lumière, voici les pistes que ces textes éclairent.

                 • De l’Ancien Testament comme du Nouveau  ressortent à l’évidence l’existence de deux lumières, l’une étant divine, infinie et éternelle, quand l’autre est la création et le reflet de la première.           
Le trépas apparaît dans ces textes comme le passage d’une lumière à l’autre.
Sur ce point, l’inscription gravée sur le cadran solaire du mémorial de Dormans, au bord de la Marne, illustre les deux soleils de deux lumières distinctes : Viventibus lumen solis Dormientibus lumen Dei ( Aux vivants la lumière du soleil, aux dormants la lumière de Dieu.)     

Par ailleurs, rappelons que lors de son dernier repas, Le Christ, qui parlait en parabole, a présenté une coupe de vin à ses disciples en leur demandant de « boire son sang en mémoire de Lui. »       

Pour un alchimiste, la symbolique du sang
dont le vin n’est que la représentation métaphorique, contracte en un seul deux éléments tout aussi symboliques (deux matières) que sont L’EAU – force vitale et naturelle, mais aussi purificatrice, notamment lorsqu’elle est celle du baptême – et LE FEUlumière par essence, force active, principe supérieur divin qui peut transmuter l’eau, notamment par évaporation, donc en la faisant donc disparaître en tant que telle.         

Le FEU peut donc symboliquement mettre de la conscience dans l’EAU dormante de l’âme et l’alléger en l’éclairant.          

Autrement dit, lorsque le Christ a dit à ses disciples « Buvez mon sang », il semblerait qu’il leur ait dit « Buvez ma Lumière ! »     
 
De même, lorsqu’Il leur a offert offre de partager le pain azyme et qu’Il leur a dit « Ceci est mon corps, mangez-en tous », Il leur a sans doute rappelé que « le Verbe » (la parole divine) « s’est fait chair », à travers son incarnation.   
Il est donc probable qu’il leur ait en fait demandé de faire et de transmettre ceci : « Nourrissez-vous tous de la parole divine ! »

Se nourrir de Parole divine et en boire la Vraie Lumière, tels sont quelques-uns des enseignements de cette spiritualité.    

               • Dans la religion juive, la lumière de la lampe éternelle, en hébreu ner tamid
נר תמיד,
brûle dans toutes les synagogues, comme elle brûlait dans le Temple de Jérusalem. Il est dit dans le livre de l’Exode (Exode 27 :20-21) :

« Pour toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël de te choisir une huile pure d’olives concassées, pour le luminaire, afin d’alimenter les lampes en permanence.
C’est dans la Tente d’Assignation (
ou tente de Rencontre אוהל מועד, abritant l’Arche d’alliance), en dehors du voile qui abrite le Statut, qu’Aaron et ses fils les disposeront, pour brûler du soir jusqu’au matin en présence du Seigneur : règle invariable pour leurs générations, à observer par les enfants d’Israël. »

Dans la spiritualité judaïque, la Lumière des luminaires (celle de Dieu, des prophètes et des sages) entretenue en permanence par leurs dépositaires, doit donc être dévoilée pour être présentée à Dieu.

  • S’agissant de la lumière dans le bouddhisme tibétain, tout est dans l’intitulé de l’ouvrage publié par l’actuel Dalaï Lama, qui évoque la lumière, comme j’ai voulu le faire dans cet article, en tant qu’essence de l’or pur (in La Voie de la Lumière : toute la sagesse du bouddhisme tibétain – Éditions J’ai Lu)

D’autres textes relatifs à cette spiritualité, dont Le Livre des Morts tibétain (Texte intégral. Préface de Matthieu Ricard, Éditions Pocket) évoquent la recherche consciente de la Vraie Lumière, jusques et y compris dans les prémices de la mort, lors des phases préagoniques et agoniques.

                   6. De tout cela enfin, que disent les poètes ?

                                  Antonin Artaud (1896-1948)

Il me faut avoir bien du culot pour abriter ce modeste article, non pas à l’ombre, mais à la lumière si particulière d’un très grand poète.

J’en conviens, j’en rougis sincèrement, mais je décide de prendre le risque de me frotter au sel de la Beauté radicale, celle-là même que Rimbaud assit un soir sur ses genoux (*), et de partager cette catharsis avec vous.

À relire Prière d’Antonin Artaud, j’ai été, comme toujours, étreinte par l’intensité et la sincérité visionnaire de cette œuvre.     
Je crois qu’elle conclura magnifiquement le propos que je vous ai tenu aujourd’hui et que vous comme moi n’aurions pu rêver mieux.

Bien qu’il ait lutté toute sa vie contre à peu près tout ce qui constitue la norme acceptée par la plupart d’entre nous, mais aussi contre des douleurs physiques permanentes et insoutenables, parmi lesquelles la faim, l’incompréhension, l’internement et les électrochocs ne sont qu’un aperçu, Artaud est sans doute, avec Rimbaud et d’autres géants du genre, celui qui a le mieux accueilli, probablement sans vouloir le savoir, la transverbération, autrement dit le transpercement spirituel du cœur, de l’esprit et de l’âme.  

La Vraie Lumière s’est engouffrée sans ménagement en lui, en ses corps et esprit, dans ses blessures ouvertes par des « mains de braises coupantes. »            

D’ailleurs, Prière ne vous parlera que de cela, de Vraie Lumière illuminant les « crânes lucides » et les « cieux du dedans. »

Aussi, malgré la densité de cet article ou vos réticences à lire de la poésie, laissez passer en vous, je vous prie, un éclair du génie d’Antonin Artaud, perpétuel quêteur de Lumière.

Pour ceux qui connaissent cette œuvre, j’espère que vous l’apprécierez d’autant plus.

                                                                     •

(*) Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. Et je l’ai trouvée amère. Et je l’ai injuriée. Arthur Rimbaud – Prologue d’Une saison en enfer – avril-août 1873.
                                                                      •

                                                                 Prière
                                                 in Le Pèse-nerfs (1925)
                                                         Antonin Artaud

Ah donne-nous des crânes de braises
Des crânes brûlés aux foudres du ciel
Des crânes lucides, des crânes réels
Et traversés de ta présence

Fais-nous naître aux cieux du dedans
Criblés de gouffres en averses
Et qu’un vertige nous traverse
Avec un ongle incandescent

Rassasie-nous nous avons faim
De commotions inter-sidérales
Ah verse-nous des laves astrales
À la place de notre sang

Détache-nous, Divise-nous
Avec tes mains de braises coupantes
Ouvre-nous ces voûtes brûlantes
Où l’on meurt plus loin que la mort

Fais vaciller notre cerveau
Au sein de sa propre science
Et ravis-nous l’intelligence
Aux griffes d’un typhon nouveau

                                                                 •
                                                             •••••
                                                                 •