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LA DÉPRESSION

Être dans l’œil du cyclone
est une de ces expressions dont le sens originel s’est peu à peu perdu, aboutissant aujourd’hui, comme c’est de plus en plus souvent le cas, à un contresens.        

Pour rappel, un cyclone est une perturbation atmosphérique qui s’établit autour d’une basse pression, ou dépression, et qui se déplace en tournoyant sur elle-même : c’est pourquoi la zone située en son centre, appelée « l’œil du cyclone », est épargnée par la tempête.       

Par analogie, nous comprenons que nous puissions nous épargner les avanies de certaines tempêtes – sans pour autant en nier les réalités –  lorsque dans un contexte chahuté et houleux,
nous retournons en nous-mêmes pour nous maintenir sur notre axe, grâce à la méditation.

Les premières consultations avec mes patients dépressifs sont souvent marquées par une difficulté à évoquer cette maladie de manière clinique et factuelle du fait de la diversité de ses manifestations.
Il en est de même pour déterminer, au cours de l’anamnèse, à quels facteurs de risques ces patients ont été exposés et soumis avant de « faire » une dépression.

Cette pathologie étant de plus en plus répandue – actuellement, environ 280 millions de personnes dans le monde en souffrent– il me paraît important d’aborder ce sujet ici.

Vous trouverez dans cet article des données scientifiques qui bordent le sujet, des solutions thérapeutiques médicales « classiques » et déjà connues (ce qui n’exclut évidemment pas, bien au contraire, de prendre avis un médical) ainsi que celles, tout aussi médicales et scientifiques, qui sont récentes et chargées d’espoir.

J’attire tout particulièrement votre attention sur les trois derniers paragraphes de cet article qui traitent des nouvelles réflexions psychiatriques ainsi que des pistes de guérison et de mise à distance de la dépression.


                  Carl Gustav Jung médecin psychiatre suisse (révolutionnaire)
                                                       (1875-1961)

Parmi ces nouvelles pistes, notons l’une d’elles, ouverte aujourd’hui par ce qu’il est convenu de nommer « la psychiatrie spirituelle », laquelle, soit dit en passant, était chère à Jung en son temps quand bien même il ne la nommait pas ainsi.

En effet, n’oublions jamais que Jung se prévalut du NUMINEUX pour soigner ses patients !

Pour rappel, le numineux, dérivé du latin numen (injonction / volonté), est défini par un « sentiment de présence absolue, une présence divine », que l’on soit ou non « croyant ».

Ainsi, Jung s’est-il attaché à soigner des individus souffrant de troubles psychiques, en accédant au numineux.

Comme il l’a si bien écrit (*) : « Ce qui m’intéresse avant tout dans mon travail n’est pas de traiter les névroses mais de me rapprocher du numineux… l’accès au numineux est la seule véritable thérapie. »

 À titre personnel, je me réjouis que le numineux, par le biais de la « psychiatrie spirituelle » entre autres thérapeutiques, puisse susciter aujourd’hui l’intérêt des thérapeutes et des patients.

                                                         °°°

(*) Carl Gustav JUNG, Correspondance,2 : 1941-1949, 1993, p. 114

                                                             °°°

La méditation de pleine conscience, et par conséquent la Méditothérapie© que je mets en œuvre s’inscrivant dans une recherche laïque, rigoureuse et pragmatique bien que « numineuse », 
je vous recommande de (re)découvrir un article paru sur ce blog le 31 mai dernier, intitulé « 
La méditation de pleine conscience et la Méditothérapie©, sont efficaces contre la dépression et ses récidives… mais pas seulement ! »

1- La dépression caractérisée, clinique ou majeure – De quoi parle-t-on, exactement ?

 

Tentons ici, autant que possible, de circonscrire les tenants et les aboutissants de cette pathologie, si répandue.     

On distinguera donc :

  • L’épisode dépressif : pendant 15 jours ou davantage, le sujet se sent particulièrement fatigué, triste, et désinvesti quant à ses centres d’intérêt habituels. Il développe parfois lors de cet épisode des troubles du sommeil et de l’appétit et peut être sujet à des « idées noires ».
  • La dépression saisonnière, qui procède d’une diminution de l’ensoleillement naturel et survient à la fin de l’automne pour connaître un pic en hiver.
  • La dépression post-partum, qui survient en général dans le mois qui suit un accouchement. La mère ressent alors des symptômes dépressifs intenses, et parfois sévères.
  • La dépression réactionnelle, qui, comme son qualificatif l’indique, advient à la suite d’une épreuve et en réaction à celle-ci, de type deuil, accident, agression, divorce, etc.
    Bien que liée à des événements spécifiques, qui n’ont pas en principe lieu de se renouveler, cette dépression n’est pas à négliger. Bien au contraire, il s’agira de la désinstaller le plus tôt et le plus efficacement possible afin d’en éviter des répliques « par analogie » aux facteurs déclenchants initiaux.
  • La dépression masquée… par le sujet lui-même, alors que son corps exprime une souffrance bien réelle, sur tous les tons et sur tous les modes.
    Cette dépression se manifeste très physiquement – le corps ayant à sa disposition un large choix d’expressions, parmi lesquelles les très habituels, douloureux et handicapants maux de dos, maux de tête, infections urinaires, eczéma, urticaires géants, malaises vagaux, etc. – relayées parfois par des symptômes plus « classiques » (tristesse, troubles du sommeil, etc.)
  • La dépression « souriante », très difficile à identifier par les « techniciens de la médecine », car les personnes qui en souffrent ne laissent rien transparaître. Apparemment, elles ont l’air heureux, alors qu’elles souffrent intensément, et très profondément.
  • La dépression chronique caractérisée par la survenue d’épisodes dépressifs suivis périodes de rémission.

 

Indépendamment de cette classification, il convient de prendre en compte certaines de caractéristiques de la dépression, parmi lesquelles :  

• Une tristesse pathologique intense et quasi-permanente;

• Des troubles du sommeil se manifestant par des insomnies en deuxième partie de nuit, ou bien une tendance à dormir beaucoup trop, sans que ce sommeil ne soit réparateur ;

Des troubles de l’alimentation et/ou de l’appétit sur le mode de la perte totale d’appétit, ou de la compulsion alimentaire ;

Une asthénie souvent plus marquée le matin ;   

• Une angoisse intense, notamment au réveil, qui peut rendre très douloureuse toute « mise en route » de la journée, ce qui peut à la longue favoriser le passage à l’acte suicidaire ;

Une anxiété marquée, de manière générale ;     

• Une certaine indifférence affective ;      

Une anhédonie, plus ou moins marquée ;          

• Une douleur morale profonde, difficilement exprimable ;         

• Une perte d’estime de soi associée à une intense et déraisonnable culpabilité ; 

• L’élaboration obsessionnelle de projets suicidaires ;    

• Un ralentissement psychomoteur, observable par une modification de la marche, de la voix, des gestes, de l’initiative et de la fluidité idéiques ;           

• Des troubles de l’attention, de la concentration et de la mémoire ;                    
• Une hypersensibilité au bruit ;   

• Des attaques de panique générant de grandes difficultés à sortir de chez soi.   

 

2- Des facteurs de risques d’origines diverses en matière de dépression… 

 

Il est bien évident que certaines situations et événements de la vie, pour communs qu’ils soient – décès, perte d’emploi, séparation – accroissent le risque de dépression.

C’est également le cas des traumatismes précoces, notamment affectifs ou sexuels, survenus au cours l’enfance.        

Néanmoins, force est de constater que toutes les personnes exposées à ce type d’événements ne développent pas cette maladie, et qu’à l’inverse, certaines personnes font une dépression sans facteur déclenchant apparent : on parle dans ce cas de dépression endogène, suggérant une susceptibilité individuelle à la dépression.

Sur ce dernier point, la vulnérabilité génétique est soutenue par certaines données épidémiologiques : on sait par exemple qu’un individu a deux à quatre fois plus de risque de présenter un trouble dépressif caractérisé au cours de sa vie lorsque l’un de ses parents a des antécédents de troubles dépressifs.

 

3_ … parmi lesquels le mauvais état du microbiote intestinal (qui participe, lorsqu’il est sain au bon fonctionnement du cerveau et à la régulation des humeurs) …  

 

On sait depuis peu que « les intestins sont le deuxième cerveau » et que la population bactérienne de l’intestin, ou microbiote intestinal, constitue le plus grand réservoir de bactéries de l’organisme.  
Or, de récentes observations réalisées par un consortium de chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNRS et de l’Inserm, ont mis en lumière une corrélation entre troubles de l’humeur et altérations du microbiote intestinal, démontrant ainsi l’existence d’un lien entre ce microbiote et l’efficacité de la fluoxétine, une molécule fréquemment utilisée comme antidépresseur.

Ces chercheurs ont également démontré qu’une modification du microbiote intestinal, engendrée par un stress chronique provoquant un effondrement de métabolites lipidiques dans le sang et donc dans le cerveau, peut être à l’origine d’un état dépressif.  

La baisse de ces métabolites lipidiques, appelés cannabinoïdes endogènes (ou endocannabinoïdes) se traduit par un profond défaut de fonctionnement du système de communication dérivé de ces mêmes métabolites.        

Or, lorsque les endocannabinoïdes ne sont plus présents dans l’hippocampe, une région clé du cerveau qui participe à la formation de nos souvenirs et des émotions, un état dépressif survient.  

Comme l’explique Pierre-Marie Lledo, responsable de l’Unité Perception et Mémoire à l’Institut Pasteur (CNRS/Institut Pasteur) et coauteur de l’étude :     

« De façon surprenante, le simple transfert du microbiote d’un animal présentant des troubles d’humeur à un animal en bonne santé suffit à induire des modifications biochimiques, et conférer des comportements synonymes d’un état dépressif chez ce dernier . »

 

Corollaire évident :

En mettant au point un traitement oral à base de ces bactéries il est possible de restaurer un niveau normal de ces dérivés lipidiques et, par conséquent, traiter l’état dépressif. Ainsi, ces bactéries pourraient agir en tant qu’antidépresseur.
On parle à leur sujet de « PSYCHOBIOTIQUES ».

 

4_ … sans oublier les facteurs neurobiologiques, identifiés de longue date

Les neurones communiquent entre eux grâce à des molécules nommées neurotransmetteurs.

Un défaut de la neurotransmission médiée par la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine a longtemps été avancé comme constituant le mécanisme fondamental de la maladie dépressive.

Cependant, d’autres neurotransmetteurs ont été identifiés comme jouant un rôle tout aussi important dans la survenue de cette pathologie.          

Ainsi en est-il de la balance entre glutamate et GABA (acide γ-aminobutyrique, ou GABA, puisque se disant en anglais GammaaminoButyric Acid), principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central des mammifères).    
En effet, le déséquilibre de la balance glutamate/GABA serait à l’origine d’une altération de la neuroplasticité chez le patient déprimé, qui rend impossible la formation de nouveaux neurones dans son hippocampe.           

Il convient de signaler à ce sujet qu’un bloquant de récepteur du glutamate, l’ESKÉTAMINE, sous forme de spray nasal, vient d’être autorisé par les autorités sanitaires européennes comme médicament antidépresseur.

L’ESKÉTAMINE est utilisée dans le traitement des patients résistants aux traitements antidépresseurs classiques et présentant un un risque suicidaire particulièrement élevé.

Dérivé de la kétamine, qui est un anesthésique, l’ESKÉTAMINE dispensée à faible dose offre un effet antidépresseur rapide, persistant pendant quelques jours.         

Cet effet serait dû à une augmentation de la plasticité synaptique (synaptogenèse) agissant sur le cortex médian préfrontal. Néanmoins, compte tenu de la survenue d’effets indésirables possibles dans les les toutes premières heures suivant son administration (hallucinations, effets dissociatifs, troubles cardiovasculaires…), son utilisation doit être réalisée en milieu hospitalier sous surveillance médicale. 

 

5_ Les traitements traditionnels de la dépression

 

Les traitements médicamenteux associés à la psychothérapie

Ce sont des traitements réputés efficaces dans près de 70 % des cas. Ils permettent d’améliorer, voire de guérir, une majorité des épisodes dépressifs caractérisés. Il est donc important que la prise en charge du premier épisode dépressif et des suivants soit correctement menée, l’objectif du traitement de la dépression étant de réduire les symptômes leurs conséquences fonctionnelles, prévenir les récidives.

Si un épisode récidive lors d’un premier traitement associant médicaments et psychothérapie, la modification de la posologie et de l’antidépresseur est possible, associée à la psychothérapie longue de type TCC, ou à la méditation de pleine conscience pratiquée avec rigueur et régularité, comme c’est le cas en Méditothérapie©.

 

La stimulation magnétique transcrânienne

Comme la sismothérapie, la stimulation magnétique transcrânienne, ou SMT, pratiquée en milieu hospitalier ou dans les Centres de la dépression (à Paris, notamment) sous contrôle médical, favoriserait l’activation du cortex préfrontal, la neurotransmission dopaminergique et inhiberait certaines régions impliquées dans la régulation de l’humeur. Elle pourrait aussi avoir des propriétés neurotrophiques et neuroplastiques. Elle ne nécessite pas d’anesthésie générale.

 

• La luminothérapie

Il est avéré que l’efficacité de la luminothérapie est comparable aux antidépresseurs dans la prise en charge d’un épisode dépressif modéré à sévère.          

Ses mécanismes sont désormais mieux compris, comme l’explique le Dr Pierre A. Geoffroy (*) :

« Au-delà des effets sur l’horloge biologique que l’on connaît et étudie depuis plus de quarante ans, on a pu identifier des voies directes entre la rétine et des centres de régulation de l’émotion dans le cerveau, avec notamment des effets sur le système sérotoninergique dans certaines zones cérébrales que l’on sait impliquées dans la dépression. »

Pour une efficacité optimale, une exposition quotidienne, matinale et d’une demi-heure, est préconisée, à une puissance de 10 000 lux, jusqu’à la rémission.
Il est recommandé d’utiliser une lampe bénéficiant d’un marquage CE classé dispositif médical (Dayvia, Philips, Lumia, Beurer…), placée à moins d’un mètre du visage.

                                                          °°°°

(*) Pierre-Alexis Geoffroy est médecin psychiatre et médecin du sommeil à l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (APHP), Hôpital Fernand Widal – Lariboisière à Paris, avec une activité clinique en service d’hospitalisation de psychiatrie adulte et en consultation au sein des centres experts des troubles bipolaires de la fondation FondaMental. Il est également neuroscientifique à l’INSERM et auteur de nombreuses publications et communications internationales sur les troubles bipolaires.

 

 

6_ Les nouvelles approches médicales de la dépression et les nouveaux traitements – La psychiatrie 3.0

 

Vous seriez sans doute bien en peine de vous souvenir précisément ce que vous faisiez lundi dernier à 19h15 et de décrire les émotions qui ont été les vôtres à ce moment-là. Pourtant, ces informations de la vie quotidienne sont très importantes pour les chercheurs qui travaillent sur la dépression.

Grâce au développement des technologies mobiles, et à la généralisation des smartphones, c’est tout un nouveau pan de recherche qui s’ouvre à eux.

« Cinq à six fois par jour, explique Joël SWENDSEN (*), l’application que nous avons développée va poser une série de questions précises aux patients dépressifs que nous suivons : où êtes-vous ? avec qui ? qu’êtes-vous en train de faire ? éprouvez-vous du stress… ? C’est très bref, une minute ou deux au maximum, mais cela permet de récolter des informations qu’on ne peut obtenir ni dans le cabinet d’un médecin ni en laboratoire. »

Des informations contextuelles, mais surtout longitudinales, c’est-à-dire portant sur les états mentaux successifs de la personne permettront de comprendre comment tel paramètre observé à tel moment de la journée influence une autre variable trois heures plus tard.

L’avènement de cette « psychiatrie 3.0 », ainsi que l’a baptisée Xavier BRIFFAULT (**), est crucial parce qu’il n’arrive pas seul.    

« Pour la première fois dans l’histoire de la psychiatrie, avance-t-il, il y a une conjonction entre la mise au point de nouveaux outils, un changement dans la classification des maladies et de nouvelles approches de traitement adaptées à celles-ci. »

Le chercheur y voit un souffle salutaire pour une discipline qu’il estime « en état de crise aiguë », compte tenu de l’insuffisante efficacité des traitements qu’elle propose aux patients.

                                                                °°°

(*) Joël SWENDSEN est psychologue clinicien à l’lnstitut de Neurosciences Cognitives et Intégratives d’Aquitaine (INCIA) de Bordeaux.   
(**) Xavier Briffault est chercheur en sociologie et épidémiologie de la santé mentale au CNRS, membre du CERMES 3, équipe CESAMES (Centre de Recherche Psychotrope, Santé Mentale, Société, Université Paris Descartes-CNRS-INSERM).

 

 

7- Une approche à la fois psychiatrique et spirituelle de la dépression

 

 


Les chamanes disent que leur vocation apparaît au cours d’une crise durant laquelle ils tombent au pouvoir des démons. Celui qui peut ressortir de ces ténèbres est un chamane, et celui qui demeure prisonnier est un malade mental.

On peut considérer que toute situation obscure (toute maladie psychique) dans laquelle on tombe est l’invite à une initiation, car elle nous plonge dans un lieu qui nous est propre et dont nous devons apprendre à sortir.

Marie-Louise VON FRANZ – Psychologue suisse, élève et collaboratrice de Carl Gustav Jung (1915-1998)

 

. Un parallèle osé, mais non dépourvu d’une certaine justesse

Les personnes qui méditent assidûment et qui peu a peu abordent l’éveil, découvrent avec étonnement et ravissement que lorsque tombent les voiles de l’illusion qui excitaient leur mental et le faisait courir après les objets de satisfaction, disparaissent les traces d’émotions, de désirs et de projets.          
La paix parfaite qui accompagne cet état n’est rien d’autre que l’absence des conflits ordinairement suscités par les désirs.

De même, on peut avancer que ce qui caractérise la dépression, c’est l’absence de désirs et de projets.

Cependant, l’absence de désirs du dépressif est, en soi, une illusion.  
   
En effet, en tout dépressif subsiste tout d’abord le désir de sortir de son marasme (ce qui est tout de même un désir) lequel est sous-tendu par l’espoir et le désir de retourner aux plaisirs et désirs d’une existence antérieure.

Autrement exprimé, le dépressif se plaint d’avoir perdu ses illusions et désire encore le désir – ce qui n’est pas du tout le cas dans l’état d’éveil.

Pour cette raison, on pourrait considérer la dépression comme un éveil raté, puisque, bien que sans désirs concrets, le mental continue malgré tout de s’orienter, et d’orienter ses désirs vers l’extérieur.
Ses désirs n’ont plus assez d’énergie pour déclencher le passage à l’acte, mais ils en ont encore suffisamment pour entretenir le décalage pathologique de l’ego par rapport au présent.

Car, c’est un fait :  plus qu’aucun autre, le dépressif est tout entier coincé dans son passé.

Pour la psychiatrie et la psychanalyse conventionnelles, à l’exception des épigones de Jung, la dépression ainsi que tous les troubles psychiques ont trois sortes de causes : biologiques, sociologiques, ou psychologiques, excluant l’idée même de causes spirituelles.

Cette conception, à mon avis très réductrice, amène beaucoup trop de personnes à se persuader que la dépression n’est, en quelque sorte, que la conséquence « logique » de frustrations qui ne seraient qu’affectives, sexuelles ou professionnelles.
Autrement exprimé, si l’égo est déprimé, c’est qu’il n’aura pas eu « sa dose » de satisfactions égocentriques !

Cependant, certains psychiatres et psychothérapeutes réintègrent aujourd’hui dans le corpus de leurs connaissances le patient compris dans ses trois dimensions –  Corps, Âme et Esprit.   

Cette réintégration de la dimension spirituelle permet de rendre à chaque manifestation psychopathologique la place qui lui revient dans ce processus de maturation de l’être que l’on appelle “ la vie ”.

Selon la théorie du Docteur François CUSANO (*), l’existence, en tant que processus d’involution de l’âme dans la matière, c’est-à-dire de son incarnation dans nos corps physiques, serait subdivisée en plusieurs étapes qui correspondraient pour chacune d’entre elles à un état psychologique particulier.
Dans le cas où certaines de étapes se dérouleraient mal, des pathologies spécifiques en résulteraient.

Pour ce médecin, le point d’impact de l’être lorsqu’il s’incarne – qui est le degré zéro de l’incarnation et le centre de la spirale qui illustre cet article –  correspond à ce que Jung appelait “ l’ombre ”, que l’on ne veut pas connaître, et qui cristallise tous les désirs et les peurs qui nous habitent depuis que nous sommes sur Terre, sur laquelle nous connaissons des « terreurs » et des situations qui nous « terrifient ».

Ainsi, l’incarnation sur terre, en obligeant l’être à tourner son attention vers l’extérieur et donc à ne plus distinguer la source de sa vie intérieure, engendrerait chez l’Homme une peur fondamentale.

Cette peur née de l’abandon de la source de sa vie intérieure génère naturellement chez l’Homme un « désir » qui n’est autre que celui de combler un manque ontologique.

Refusant de retourner au centre de lui-même pour le combler, il se tourne systématiquement vers l’extérieur – le plan horizontal –  pour y chercher ce qu’il a perdu sur le plan vertical afin d’y satisfaire ses désirs.  
Qu’il ne satisfait jamais, bien entendu. 
    
      
Cultiver le désir revient donc à cultiver l’insatisfaction.

Sur ce schéma, le Docteur CUSANO subdivise l’existence en deux parties, chacune comportant quatre étapes.

La première partie, celle de l’involution dans la matière, commence on l’a vu, par l’impact dans l’incarnation qui est le point zéro.        

Suivent quatre étapes durant lesquelles la peur structure la personnalité par une succession de problèmes douloureux, pendant que, de son côté, le désir pousse l’être incarné à explorer le monde toujours plus loin de lui-même.  

Il va sans dire que chacune de ces étapes demeure constitutive de la personnalité de l’individu, toute sa vie durant.
Elle peut donc être réactivée à n’importe quelle occasion et prendre une importance excessive et pathologique… surtout, bien sûr, si elle était inachevée.

Dans cette optique, la dépression serait donc un mal nécessaire, puisqu’elle marquerait la fin de l’exploration du monde extérieur, et le début du “ voyage de retour ” à soi, consistant à passer par toutes les étapes évoquées, mais en sens inverse.

 

                                                                 °°°

(*) Le docteur François CUSANO est psychiatre et hypnothérapeute ericksonnien. Il est responsable de l’E.T.E. et exerce dans l’Isère, à Meylan.

 

 

8- Prévenir la survenue de la dépression et se garder des rechutes grâce à la méditation et à la Méditothérapie©.

 

 

 

 

Des chercheurs de l’université d’Oxford ont mené en avril 2015 une étude auprès de plus de 400 patients ayant souffert d’au moins trois épisodes dépressifs. Les uns ont reçu un traitement par antidépresseurs, les autres, des séances de méditation.

Après deux années de suivi, les taux de rechute dans les deux groupes étaient quasi-similaires (44 % et 47 %).

Les scientifiques ont donc conclu que la méditation de pleine conscience était tout aussi efficace que les traitements médicamenteux pour prévenir les rechutes.

Elle permet en effet de se concentrer sur l’instant présent et de prendre du recul par rapport à ses émotions. Pour être efficace, elle doit néanmoins être pratiquée régulièrement, à raison, par exemple, d’une trentaine de minutes fractionnées chaque jour. 

D’autres travaux avaient déjà démontré que la méditation a, sur nos gènes, un effet symétriquement opposé à celui du stress ainsi que l’a indiqué le Professeur Gilles BERTSCHY (*).

Le professeur Bertschy est également à l’initiative du diplôme d’Université (Université de Strasbourg) «Médecine, Méditation et Neurosciences».

Il convient de noter qu’à l’issue de la formation donnant droit à ce diplôme universitaire, les professionnels de santé et les chercheurs sont sensibilisés aux aspects phénoménologiques et neuroscientifiques de la méditation et de ses applications dans le domaine de la santé.
Ce diplôme est validant dans le cursus de certification d’instructeur MBSR
(Mindfulness-Based Stress Reduction ou Réduction du stress basée sur la pleine conscience) de l’Université Brown aux USA en lien avec l’ADM (Association pour le Développement de la Mindfulness), mais il n’est pas suffisant pour devenir instructeur d’un programme type MBSR ou MBCT  (Mindfulness-Based Cognitive Therapy ou Thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, destinée tout particulièrement à la prévention des rechutes dépressives.)

 

                                                                     °°°

(*)Le professeur Gilles BERTSCHY est Chef du service de psychiatrie aux Hôpitaux de Strasbourg.

                                                             ——


S’agissant de la cure de Méditothérapie©, je rappelle que la méditation de pleine conscience guidée que je propose à mes patients agit en huit semaines et durablement sur leur plasticité cérébrale
. C’est la raison pour laquelle la cure de Méditothérapie© comporte 7 séances, réparties sur huit semaines.

La Méditothérapie© améliore donc considérablement l’état physique et psychologique des patients, lesquels,  faisant l’objet d’une prise en charge médicale, souffrent de dépression caractérisée selon les critères définis et les symptômes décrits dans cet article.

Au terme de la cure, il est fréquent que leurs médecins – généralistes ou psychiatres – constatant les bienfaits de la méditation pratiquée en Méditothérapie©, diminuent progressivement les traitements médicamenteux de leurs patients.

 

                                                            *                                         
                                                      *******


             

 

                  La finalité des repères bibliographiques et autres repères

 

Je me permets d’attirer votre attention sur le fait que la présence des mentions bibliographiques et autres qui figurent, lorsque cela est nécessaire, au bas des articles publiés sur ce blog, procèdent du respect des formes, comme de la considération témoignée aux auteurs, vivants ou non, contemporains ou pas qui m’ont inspirée lors du traitement des thèmes que je propose sur ce blog.   
Cependant, il serait regrettable de les borner aux bons usages et à l’éthique.     

 

En effet, ces repères sont à mon sens une nourriture au moins aussi importante que les hors-d’œuvres thématiques que j’ai le plaisir de vous proposer régulièrement.       
En tant que tels, ils vous annoncent l’existence, en librairies notamment, de plats de résistance roboratifs destinés à alimenter vos réflexions et désirs d’en connaître davantage sur les sujets abordés ici, afin que vous vous forgiez vos propres avis.     
Soyez donc affamés, gourmands et gourmets !


                                          

 

                                     Repères bibliographiques

–          Carl Gustav JUNG, Correspondance, t.2 : 1941-1949 – Éditions Albin Michel.

 

–          Gilles BERTSCHY, Suzy SOUMAILLE, Guido BONDOLFI – La dépression Éditions Planète Santé.

–          Xavier BRIFFAULTPsychiatrie 3.0. Être soi et ses connexions – DOIN Éditeurs, 2019.

 

–          Stéphanie BRANCHISpiritualité, troubles anxieux-dépressifs et qualité de vie dans le champ de la santé et de la maladie –  Thèse présentée et soutenue publiquement le mercredi 26 novembre 2014, en vue de l’obtention du grade de Docteur de l’Université de Lorraine, Site de Metz.